Sentiments acides et déprimants.


Après réflexion, je ne suis partie que pour une seule raison. Le mouvement. La destination importait peu, même si j'ai mis du temps à le comprendre et à l'accepter. Finalement, on s'en fout pas mal de savoir ce que j'ai fait là-bas. Le plus important, c'est que j'ai joué mon rôle jusqu'au bout et avec tant de conviction que je m'y suis souvent perdue. L'Aurore, c'était moi. La femme de la ville, la Vamp, le lunaire. Et la femme de la campagne, la Sainte Vierge, le solaire. Murnau n'a rien inventé.
Lavardens est plus beau la Nuit, et c'est une certitude. Artifice et substitut.
Adieu.


Pendant ce temps-là. Je consomme avec excès. Je connais enfin les joies de la gueule de bois. Je suis surpayée pour avoir mis 3 livres dans un carton mais je ne vais pas m'en plaindre. Estanguet n'a pas été qualifié, et cela m'a beaucoup attristé. Bien que je déteste le Canoé (ou le Kayak), j'aime Paul. Le Togo a gagné sa première médaille, et même si elle n'est que de bronze, j'avais envie de pleurer. J'ai vécu la guerre du Vietnam avec ma grand-mère et je crois que j'ai gagné. Mon âge me permet aujourd'hui de me battre décemment face à la Vieillesse. Je fume des cigarettes sur la terrasse et je manque d'air face à l'immense beauté qu'offre la Nuit (encore une fois). Je mange du concombre et du melon, je fume une dernière cigarette et je rejoins mon lit. Et je répète ce mouvement lent et ambitieux chaque jour. Je deviens légume.
Je compte toutes les personnes que j'ai perdues depuis notre passage aux études supérieures. Tu es étrange, tu n'es pas comme tout les autres. Nous ne nous sommes jamais fréquentés mais nous débutons cependant quelque chose. Nous irons au cinéma voir quelques Truffaut, tu me conseilleras les lectures que l'on t'impose à Louis-Le-Grand et tu me joueras peut-être quelque chose au piano car cela me plaît beaucoup. C'est inattendu mais réellement jouissif. Contre tous ceux qui partent, nous nous battons pour que notre existence ait un sens, même si nous restons là où nous sommes actuellement. Nous avons des projets de vie commune, nous imaginons la vie que nous mènerons d'ici quelques mois. Notre premier achat commun sera un aspirateur, car j'aime l'ordre et toi aussi. Tu crois que tu perds ton temps mais ce n'est pas vrai. Choisir n'est jamais simple. Savoir non plus. Toi tu te bats pour un autre et je t'admire secrètement. J'ai peu de mots pour te parler de cette admiration. De la fierté. Tu m'as manqué. Pour celle qui reste et qui sait pourquoi, j'éprouve un amour immensément grand et sans condition. L'absence peut-elle à ce point envahir d'une affection particulière? Je le crois. Je ne t'ai jamais autant aimé que depuis que je ne te vois plus. C'est un sentiment étrange mais bientôt matérialisé par ta présence. Tu m'as manqué. C'est plus que sérieux. Une chose est sûre que c'est nous ressortons enfin et je prends cela comme une libération. Être au contact de la musique, à nouveau, toute la nuit, et ressentir cet épuisement si jouissif une fois assis dans le RER D, les gens tremblantes et les regards absents. J'aime déjà l'année qui arrive, et j'aime déjà la difficulté évidente que j'aurais à apprendre des formules de physiques tout en continuant à sortir autant que possible. Chronique d'une chute annoncée? Je relève le défi. Il a pour fantôme cette intuition que quelque chose de grave est entrain de se préparer dans le silence du matin. Les battements d'un tambour sans peau. Il songe à la peur de voir un jour mourir ce à quoi il tient, il songe aussi, de l'autre côté, à la folie de vouloir embrasser sans réserve la tendance du monde. Il chancelle entre les deux abîmes.



Sur ce, je m'en retourne à Ellroy et son Dahlia.


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